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Sujet CRPE 2026 Français G1 : énoncé et corrigé

Session 2026FrançaisÉpreuves bac+53 heures

Épreuve écrite disciplinaire de français — sujet officiel CRPE 2026 Français G1 en accès libre : énoncé complet (7 exercices, 3 heures) et corrigé détaillé.

Sujet blanc — conditions du concours · Concoursia

Concours de recrutement de professeurs des écoles

Session 2026 · Groupement 1

Épreuve écrite disciplinaire de français

Durée : 3 heures

Consignes

  • Le sujet se compose de 3 parties. Vérifiez qu'il est complet.
  • Aucun document n'est autorisé.
  • Rédigez vos réponses sur votre copie, et non sur le sujet.
  • Si vous repérez ce qui vous semble être une erreur d'énoncé, signalez-le sur votre copie et poursuivez votre composition.
  • Toute note inférieure ou égale à 5/20 est éliminatoire.

L'épreuve est notée sur 20 points, note ramenée sur 20.

Consignes générales

L'épreuve prend appui sur un texte (extrait de roman, de nouvelle, de littérature d'idées, d'essai, etc.) d'environ 400 à 600 mots. Elle comporte trois parties : une partie consacrée à l'étude de la langue, permettant de vérifier les connaissances syntaxiques, grammaticales et orthographiques du candidat ; une partie consacrée au lexique et à la compréhension lexicale ; une partie consacrée à une réflexion suscitée par le texte à partir d'une question posée sur celui-ci et dont la réponse prend la forme d'un développement présentant un raisonnement rédigé et structuré.

Texte / dossier

D'origine gênoise, Baldassare Embriaco est un riche négociant installé dans la ville de Gibelet (Liban). Il se lance à la recherche d'un mystérieux livre qui renfermerait le secret du salut du monde. Son périple le conduit de l'Empire ottoman à l'Europe. En septembre 1666, il se trouve à Londres pendant le grand incendie qui ravagea la ville et détruisit les logements de plus de 100 000 personnes. Cahier IV La tentation de Gênes À Gênes, le samedi 23 octobre 1666 J'ai longtemps hésité avant de reprendre l'écriture. Je me suis finalement procuré ce matin un cahier de feuilles cousues, dont je noircis en cet instant, non sans volupté, la toute première page. Mais je ne suis pas sûr que je continuerai. Par trois fois, déjà, j'avais inauguré ainsi des cahiers vierges, en me promettant d'y consigner mes projets, mes envies, mes angoisses, mes impressions des villes et des hommes, quelques brins d'humour et de sagesse, comme l'ont fait avant moi tant de voyageurs et de chroniqueurs du passé. Je n'ai pas leur talent, et mes pages ne valent pas celles que j'époussetais sur mes étagères ; néanmoins, je m'étais appliqué à rendre compte de tout ce qui m'arrivait, même quand la prudence ou la fierté me poussaient à me taire, et même quand la lassitude me gagnait. Sauf lorsque j'étais en proie à la maladie, ou séquestré, j'ai écrit chaque soir, ou presque. J'ai rempli des centaines de pages dans trois cahiers différents, et il ne m'en reste aucun. J'ai écrit pour le feu. Le premier cahier, qui racontait le commencement de mon périple, s'est perdu lorsque je dus quitter Constantinople(1) à la hâte ; le deuxième est resté à Chio(2) quand j'en fus expulsé ; le troisième a sans doute péri dans l'incendie de Londres. Et me voici pourtant à lisser les pages du quatrième, mortel oublieux de la mort, pitoyable Sisyphe(3). Dans mon magasin de Gibelet, lorsque je devais parfois jeter au feu un vieux livre pourrissant et décomposé, je ne pouvais m'empêcher de songer un instant avec tendresse au malheureux qui l'avait écrit. C'était parfois l'œuvre unique de sa vie, tout ce qu'il espérait laisser comme trace de son passage. Mais sa renommée deviendra fumée grise comme son corps deviendra poussière. Je décris la mort d'un inconnu, alors que c'est de moi qu'il s'agit ! La mort. Ma mort. Quelle importance peut-elle avoir, et quelle importance les livres, quelle importance la renommée, si le monde entier va s'embraser demain comme Londres ? Mon esprit est si perturbé ce matin ! Il faut pourtant que j'écrive. Il faut que ma plume se lève et marche, en dépit de tout. Que ce cahier survive ou qu'il brûle, j'écrirai, j'écrirai. D'abord raconter comment j'ai fui l'enfer de Londres. Lorsque l'incendie s'était déclaré, j'avais été contraint de me cacher pour échapper à la furie d'une populace écervelée qui voulait égorger des papistes(4). Sans autre preuve de ma culpabilité que ma qualité d'étranger, […] des citadins ordinaires m'auraient appréhendé, malmené, torturé, puis jeté en lambeaux dans la fournaise […]. (1) Constantinople, ancien nom d'Istanbul, capitale de l'Empire ottoman. (2) Chio est un île grecque de la mer Égée. (3) Dans la mythologie grecque, Sisyphe fut condamné à rouler perpétuellement un énorme rocher jusqu'en haut d'une montagne d'où il retombait sans cesse. (4) Le terme « papistes » renvoie aux partisans de l'autorité absolue du pape. Le terme était notamment utilisé de manière péjorative par les anglicans pour désigner les catholiques. Amin Maalouf, Le Périple de Baldassare, Éditions Grasset & Fasquelle, 2000

Partie I

Étude de la langue

8 points

(2 points)

1. Identifiez la nature et la fonction grammaticales des mots et groupes de mots en gras.

« Je me suis finalement procuré ce matin un cahier de feuilles cousues, dont je noircis en cet instant, non sans volupté, la toute première page. Mais je ne suis pas sûr que je continuerai. » (lignes 1-3)

(2 points)

2. Dans la phrase suivante, délimitez les propositions et précisez la nature de chacune d'elles.

« Le premier cahier, qui racontait le commencement de mon périple, s'est perdu lorsque je dus quitter Constantinople à la hâte. » (lignes 13-14)

(2 points)

3. Identifiez, dans le passage ci-dessous, le temps, le mode et la voix des verbes en gras.

« Que ce cahier survive ou qu'il brûle, j'écrirai [...]. D'abord raconter comment j'ai fui l'enfer de Londres. Lorsque l'incendie s'était déclaré, j'avais été contraint de me cacher [...] » (lignes 26-28)

(2 points)

4. Dans la phrase suivante, mettez au pluriel les mots en gras et faites toutes les transformations nécessaires.

« Dans mon magasin de Gibelet, lorsque je devais parfois jeter au feu un vieux livre pourrissant et décomposé, je ne pouvais m'empêcher de songer un instant avec tendresse au malheureux qui l'avait écrit. » (lignes 17-19)

Partie II

Lexique et compréhension lexicale

3 points

(1,5 point)

1. Expliquez, en contexte, le sens des trois expressions suivantes.

a. « non sans volupté » (ligne 2)
b. « mortel oublieux de la mort » (ligne 16)
c. « populace écervelée » (ligne 29)

(Extraits : a. « Je me suis finalement procuré ce matin un cahier de feuilles cousues, dont je noircis en cet instant, non sans volupté, la toute première page. » — b. « Et me voici pourtant à lisser les pages du quatrième, mortel oublieux de la mort, pitoyable Sisyphe. » — c. « ...j'avais été contraint de me cacher pour échapper à la furie d'une populace écervelée qui voulait égorger des papistes. »)

(1,5 point)

2. Citez trois mots appartenant à la même famille que les noms suivants.

a. « culpabilité » (ligne 29) — « Sans autre preuve de ma culpabilité que ma qualité d'étranger... »
b. « furie » (ligne 28) — « ...pour échapper à la furie d'une populace écervelée... »

Partie III

Réflexion et développement

9 points

Quel est, selon vous, l'intérêt pour une personne de mettre par écrit ses expériences vécues ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur le texte d'Amin Maalouf, votre réflexion personnelle, vos lectures et votre culture.

Vous présenterez votre propos de façon structurée et argumentée.

Corrigé

Corrigé

I. Étude de la langue (8 points)

2 points

un cahier de feuilles cousues : groupe nominal (noyau « cahier », déterminé par « un » et complété par le complément du nom « de feuilles cousues »). Fonction : complément d'objet direct (COD) du verbe « me suis procuré ».
dont : pronom relatif, reprenant l'antécédent « un cahier de feuilles cousues » et introduisant la proposition subordonnée relative. Fonction : complément du nom « page » (= je noircis la toute première page de ce cahier).
en cet instant : groupe nominal prépositionnel (préposition « en » + groupe nominal « cet instant »). Fonction : complément circonstanciel de temps du verbe « noircis ».
sûr : adjectif qualificatif. Fonction : attribut du sujet « je », relié au sujet par le verbe attributif « suis ».

Démarche et points de vigilance

La consigne exige deux réponses par élément : la nature (classe grammaticale du mot ou du groupe entier) et la fonction (rôle syntaxique). Une seule des deux ne rapporte que la moitié du point.

Méthode : délimitez le groupe, identifiez son noyau, puis testez la fonction par des manipulations (pronominalisation « je me le suis procuré » → COD ; suppression/déplacement « je noircis la page » → complément circonstanciel).

Pièges de ce relevé :

  • dont : donner « pronom relatif » ne suffit pas ; il faut retrouver sa fonction dans la relative. Reconstituez : « je noircis la toute première page de ce cahier » → complément du nom « page », pas COI ;
  • en cet instant : ne pas réduire à « groupe nominal » — la préposition « en » en fait un groupe prépositionnel ;
  • sûr : après « je ne suis pas », le verbe « être » est attributif → attribut du sujet, pas épithète.

C'est l'exercice type croisant classes grammaticales et fonctions syntaxiques.

Suite du corrigé

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