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Sujet CRPE 2023 Français G1 : énoncé et corrigé

Session 2023FrançaisÉpreuves bac+53 heures

Épreuve écrite disciplinaire de français — sujet officiel CRPE 2023 Français G1 en accès libre : énoncé complet (8 exercices, 3 heures) et corrigé détaillé.

Sujet blanc — conditions du concours · Concoursia

Concours de recrutement de professeurs des écoles

Session 2023 · Groupement 1

Épreuve écrite disciplinaire de français

Durée : 3 heures

Consignes

  • Le sujet se compose de 3 parties. Vérifiez qu'il est complet.
  • Aucun document n'est autorisé.
  • Rédigez vos réponses sur votre copie, et non sur le sujet.
  • Si vous repérez ce qui vous semble être une erreur d'énoncé, signalez-le sur votre copie et poursuivez votre composition.
  • Toute note inférieure ou égale à 5/20 est éliminatoire.

L'épreuve est notée sur 20 points, note ramenée sur 20.

Consignes générales

L'épreuve prend appui sur un texte (extrait de roman, de nouvelle, de littérature d'idées, d'essai, etc.) d'environ 400 à 600 mots. Elle comporte trois parties : une partie consacrée à l'étude de la langue, permettant de vérifier les connaissances syntaxiques, grammaticales et orthographiques du candidat ; une partie consacrée au lexique et à la compréhension lexicale ; une partie consacrée à une réflexion suscitée par le texte à partir d'une question posée sur celui-ci et dont la réponse prend la forme d'un développement présentant un raisonnement rédigé et structuré.

Texte / dossier

Un jour, dans une famille, est né un enfant inadapté. Malgré sa laideur un peu dégradante, ce mot dirait pourtant la réalité d'un corps mou, d'un regard mobile et vide. « Abîmé » serait déplacé, « inachevé » également, tant ces catégories évoquent un objet hors d'usage, bon pour la casse. « Inadapté » suppose précisément que l'enfant existait hors du cadre fonctionnel (une main sert à saisir, des jambes à avancer) et qu'il se tenait, néanmoins, au bord des autres vies, pas complètement intégré à elles mais y prenant part malgré tout, telle l'ombre au coin d'un tableau, à la fois intruse et pourtant volonté du peintre. Au départ, la famille ne discerna pas le problème. Le bébé était même très beau. La mère recevait des invités venus du village ou des bourgs environnants. Les portières des voitures claquaient, les corps se dépliaient, risquaient quelques pas chaloupés. Pour arriver jusqu'au hameau, il avait fallu rouler sur des routes minuscules et sinueuses. Les estomacs étaient retournés. Certains amis venaient d'une montagne toute proche, mais ici, « proche » ne voulait rien dire. Pour passer d'un endroit à un autre, on devait monter puis redescendre. La montagne imposait son roulis. Dans la cour du hameau, on se sentait parfois cerné par des vagues énormes, immobiles, mousseuses d'une écume verte. Lorsque le vent se levait et qu'il secouait les arbres, c'était un grondement d'océan. Alors la cour ressemblait à une île protégée des tempêtes. Elle s'ouvrait par une épaisse porte en bois, rectangulaire, plantée de clous noirs. Une porte médiévale, disaient les connaisseurs, probablement fabriquée par les ancêtres qui s'étaient installés en Cévennes depuis des siècles. On avait bâti ces deux maisons, puis l'auvent, le four à pain, la bûcherie et le moulin, de part et d'autre d'une rivière, et l'on pouvait entendre les soupirs de soulagement dans les voitures lorsque la route étroite devenait petit pont et qu'apparaissait la terrasse de la première maison qui donnait sur l'eau. Derrière elle, en enfilade, se tenait l'autre maison, où était né l'enfant, nantie de la porte médiévale dont la mère avait ouvert les deux battants afin d'accueillir les amis et la famille. Elle proposait du vin de châtaignes que la petite assemblée buvait, extatique, dans l'ombre de la cour. On parlait doux pour ne pas brusquer l'enfant si sage dans son transat. Il sentait bon la fleur d'oranger. Il semblait attentif et tranquille. Il avait les joues rondes et pâles, des cheveux bruns, de grands yeux noirs. Un bébé de la région, qui lui appartenait. Les montagnes ressemblaient à des matrones veillant sur le transat, les pieds dans les rivières et le corps nappé de vent. L'enfant était accepté, semblable aux autres. Ici les bébés avaient les yeux noirs, les vieux étaient minces et secs. Tout était dans l'ordre. Clara Dupont-Monod, S'adapter, 2021

Partie I

Étude de la langue

6 points

(1,5 point)

1. Dans le premier paragraphe du texte de Clara Dupont-Monod, identifiez les temps et modes des verbes conjugués mis en caractères gras ci-dessous, et justifiez leur emploi. (lignes 1 à 7 du texte support).

Verbes à analyser : est né, dirait, serait déplacé, évoquent, suppose, existait, sert, se tenait, prenant part.

(1 point)

2. Délimitez les propositions qui forment cette partie de phrase complexe et précisez la manière dont elles sont reliées.

Texte : « On avait bâti ces deux maisons, puis l'auvent, le four à pain, la bûcherie et le moulin, de part et d'autre d'une rivière, et l'on pouvait entendre les soupirs de soulagement dans les voitures lorsque la route étroite devenait petit pont... (lignes 19 à 21) »

(1,5 point)

3. Dans les phrases suivantes, précisez la nature, la fonction et le référent des pronoms en caractères gras.

Phrases :

  • « ...il se tenait, néanmoins, au bord des autres vies, pas complètement intégré à elles mais y prenant part... (lignes 5 à 6) »
  • « Derrière elle, en enfilade, se tenait l'autre maison, où était né l'enfant, nantie de la porte médiévale dont la mère avait ouvert les deux battants afin d'accueillir les amis et la famille. (lignes 22 à 24) »

Pronoms à analyser : il, elles, elle, , dont.

(1 point)

4. Réécrivez ce passage en mettant les sujets au masculin pluriel :

Texte : « Il sentait bon la fleur d'oranger. Il semblait attentif et tranquille. Il avait les joues rondes et pâles, des cheveux bruns, de grands yeux noirs. Un bébé de la région, qui lui appartenait. (lignes 26 à 28) »

(1 point)

5. Dans la proposition suivante : « il avait fallu rouler sur des routes minuscules et sinueuses. (ligne 11) »
a. Indiquez la nature et la fonction de « minuscules » et « sinueuses ».
b. Réécrivez cette proposition en utilisant une expansion du nom d'une autre nature.

Partie II

Lexique et compréhension lexicale

4 points

(2 points)

1. a. Analysez la formation et le sens des adjectifs « inadapté » et « inachevé » (lignes 1 et 3) du texte de Clara Dupont-Monod.
b. Dans le premier paragraphe, comment ces adjectifs caractérisent-ils le discours porté sur l'enfant ?

(2 points)

2. Dans le deuxième paragraphe du texte de Clara Dupont-Monod, commentez l'emploi du lexique de la mer. (deuxième paragraphe du texte support).

Partie III

Réflexion et développement

10 points

À la lumière du texte de Clara Dupont-Monod, de votre culture et de vos réflexions personnelles, vous vous interrogerez sur les relations que les êtres humains entretiennent avec la norme.

Corrigé

Corrigé

I. Étude de la langue (6 points)

1,5 point

Voici l'analyse des verbes :

  • est né : Passé composé de l'indicatif. Il exprime une action achevée et ponctuelle dans le passé, dont la conséquence est encore présente (l'enfant est né et est là).
  • dirait : Conditionnel présent. Il exprime une hypothèse ou une éventualité, une nuance d'atténuation ou de supposition concernant la pertinence du mot « inadapté ».
  • serait déplacé : Conditionnel présent (voix passive). Il exprime une éventualité ou une supposition, une opinion nuancée sur l'adéquation du terme « abîmé ».
  • évoquent : Présent de l'indicatif. Il exprime une vérité générale ou une action habituelle, décrivant la capacité de ces catégories à évoquer quelque chose.
  • suppose : Présent de l'indicatif. Il exprime une vérité générale ou une action habituelle, décrivant la signification intrinsèque du mot « inadapté ».
  • existait : Imparfait de l'indicatif. Il exprime une action ou un état qui dure dans le passé, une situation de fond, concomitante à l'idée d'« inadapté ».
  • sert : Présent de l'indicatif. Il exprime une vérité générale ou une action habituelle, décrivant la fonction typique d'une main.
  • se tenait : Imparfait de l'indicatif. Il exprime une action ou un état qui dure dans le passé, une situation de fond, concomitante à l'existence de l'enfant.
  • prenant part : Participe présent. Il exprime une action simultanée à celle du verbe principal (se tenait), décrivant une participation continue.

Démarche et points de vigilance

Pour chaque verbe, procédez en deux temps : identifiez d'abord le mode puis le temps (ex. indicatif passé composé), avant de justifier l'emploi par sa valeur en contexte (antériorité, arrière-plan, hypothèse, vérité générale…). Le barème rémunère séparément l'identification et la justification : une étiquette sans justification fait perdre la moitié des points.

Pièges fréquents :

  • confondre conditionnel (« dirait ») et futur dans le passé ;
  • oublier de signaler la voix passive (« serait déplacé ») ;
  • traiter « prenant part » comme un verbe conjugué alors que c'est un participe présent.

Cette question mobilise la morphologie verbale et les valeurs des temps et modes : relisez le paragraphe pour ancrer chaque justification dans le contexte.

Suite du corrigé

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