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Sujet CRPE 2023 Français G2 : énoncé et corrigé

Session 2023FrançaisÉpreuves bac+53 heures

Épreuve écrite disciplinaire de français — sujet officiel CRPE 2023 Français G2 en accès libre : énoncé complet (10 exercices, 3 heures) et corrigé détaillé.

Sujet blanc — conditions du concours · Concoursia

Concours de recrutement de professeurs des écoles

Session 2023 · Groupement 2

Épreuve écrite disciplinaire de français

Durée : 3 heures

Consignes

  • Le sujet se compose de 3 parties. Vérifiez qu'il est complet.
  • Aucun document n'est autorisé.
  • Rédigez vos réponses sur votre copie, et non sur le sujet.
  • Si vous repérez ce qui vous semble être une erreur d'énoncé, signalez-le sur votre copie et poursuivez votre composition.
  • Toute note inférieure ou égale à 5/20 est éliminatoire.

L'épreuve est notée sur 20 points, note ramenée sur 20.

Consignes générales

L'épreuve prend appui sur un texte (extrait de roman, de nouvelle, de littérature d'idées, d'essai, etc.) d'environ 400 à 600 mots. Elle comporte trois parties : une partie consacrée à l'étude de la langue, permettant de vérifier les connaissances syntaxiques, grammaticales et orthographiques du candidat ; une partie consacrée au lexique et à la compréhension lexicale ; une partie consacrée à une réflexion suscitée par le texte à partir d'une question posée sur celui-ci et dont la réponse prend la forme d'un développement présentant un raisonnement rédigé et structuré.

Texte / dossier

Albert Camus (1913-1960) est un écrivain et penseur engagé. Lors de la réception du prix Nobel de littérature, en 1957, il prononce à Stockholm un discours dont est extrait le passage suivant. « Dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression. Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui ont été confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes. Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire. Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. » Albert Camus, Discours de Suède, 10 décembre 1957

Partie I

Étude de la langue

6 points

(1,5 point)

1. Indiquez la nature et la fonction précises des mots mis en gras dans les extraits suivants issus du Discours de Suède d'Albert Camus.

• ...j'ai été soutenu ainsi par le sentiment obscur...
• Il **m'**obligeait particulièrement à porter...
• Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes.
• Mais sa tâche est peut-être plus grande.

(1 point)

2. Justifiez les accords des participes passés en gras dans les extraits suivants en explicitant les règles qui les régissent.

confrontés : « Ces hommes [...] qui ont été confrontés ensuite [...] à la guerre d'Espagne »
revendiqué : « l'erreur de ceux qui [...] ont revendiqué le droit au déshonneur »

(1,5 point)

3. Dans l'extrait suivant, indiquez pour les verbes mis en caractères gras leur mode, leur temps et justifiez l'emploi de ceux-ci.

« Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. »

(0,5 point)

4. Dans l'extrait suivant, relevez les marques de l'énonciation.

« ...j'ai été soutenu ainsi par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur... »

(0,5 point)

5. Réécrivez l'extrait suivant en remplaçant « l'écrivain » par « les écrivains ». Vous effectuerez toutes les transformations nécessaires.

« ...obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera... »

(1 point)

6. Observez ce passage : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. »

a. Analysez la proposition en gras en précisant sa nature et sa fonction.
b. Transformez ces deux phrases en une phrase complexe comportant un terme subordonnant.

Partie II

Lexique et compréhension lexicale

4 points

(1 point)

1. Analysez la formation du mot « désintégration » dans la phrase « Devant un monde menacé de désintégration... » puis précisez le sens des éléments qui le composent.

(1 point)

2. Expliquez le sens de l'expression en gras dans l'extrait suivant :
« l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur ».

(2 points)

3. a. Quel sens donnez-vous à l'expression « arche d'alliance » dans la phrase « refaire avec tous les hommes une arche d'alliance » ?
b. L'ensemble du texte conduit à cette dernière expression. Montrez-le en vous appuyant sur deux éléments significatifs du texte.

Partie III

Réflexion et développement

10 points

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde » (ligne 25).
Notre époque réinvente-t-elle l'engagement ?

Vous présenterez votre réponse de façon structurée et argumentée en vous appuyant sur le texte d'Albert Camus ainsi que sur l'ensemble de vos connaissances personnelles et de vos lectures.

Corrigé

Corrigé

I. Étude de la langue (6 points)

1,5 point

obscur : Adjectif. Fonction : épithète liée du nom « sentiment ».
m' : Pronom personnel (mis pour me). Fonction : complément d'objet direct (COD) du verbe « obligeait ».
leur : Pronom personnel. Fonction : complément d'objet indirect (COI) du verbe « demander ».
sa : Déterminant possessif. Fonction : détermine le nom « tâche ».

Démarche et points de vigilance

Distinguez systématiquement les deux questions : la nature (classe grammaticale) est une propriété fixe du mot ; la fonction est son rôle dans la phrase. Le barème les rémunère séparément (0,25 + 0,25 par mot) : une réponse incomplète perd la moitié des points.

Méthode : identifiez d'abord la classe (adjectif, pronom, déterminant), puis rattachez la fonction à un mot précis — « épithète du nom sentiment », « COD du verbe obligeait » — jamais une fonction en l'air.

Pièges classiques du CRPE :

  • « leur » : pronom personnel COI devant un verbe, mais déterminant possessif devant un nom ; testez la commutation (« leur demander » / « leur tâche ») ;
  • « m' » : vérifiez la construction du verbe (obliger quelqu'un, donc COD) ;
  • « sa » : c'est un déterminant possessif, pas un pronom.

Suite du corrigé

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