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Sujet CRPE 2024 Français G1 : énoncé et corrigé

Session 2024FrançaisÉpreuves bac+53 heures

Épreuve écrite disciplinaire de français — sujet officiel CRPE 2024 Français G1 en accès libre : énoncé complet (10 exercices, 3 heures) et corrigé détaillé.

Sujet blanc — conditions du concours · Concoursia

Concours de recrutement de professeurs des écoles

Session 2024 · Groupement 1

Épreuve écrite disciplinaire de français

Durée : 3 heures

Consignes

  • Le sujet se compose de 3 parties. Vérifiez qu'il est complet.
  • Aucun document n'est autorisé.
  • Rédigez vos réponses sur votre copie, et non sur le sujet.
  • Si vous repérez ce qui vous semble être une erreur d'énoncé, signalez-le sur votre copie et poursuivez votre composition.
  • Toute note inférieure ou égale à 5/20 est éliminatoire.

L'épreuve est notée sur 20 points, note ramenée sur 20.

Consignes générales

L'épreuve prend appui sur un texte d'environ 400 à 600 mots. Elle comporte trois parties : une partie consacrée à l'étude de la langue ; une partie consacrée au lexique et à la compréhension lexicale ; une partie consacrée à une réflexion suscitée par le texte.

Texte / dossier

Écrire est un engagement à ferrailler. On s'engage dans l'écriture comme dans une armée imaginaire, où l'on serait à la fois général et aspirant soldat. Relire chaque matin ce qu'on a écrit la veille est semblable à la barre quotidienne d'une danseuse face au miroir : un exercice d'humilité. [...] Pourquoi préférer la solitude de l'écriture, pourquoi consacrer tellement de temps à des vies irréelles mais vraies, à des créatures ni mortes ni vivantes ? Écrire n'est pas tout à fait un choix : c'est un aveu d'impuissance. On écrit parce qu'on ne sait par quel autre biais attraper le réel. Vivre, sans l'écriture, me va mal, comme un habit trop lâche dans lequel je m'empêtre. Il faut parfois rétrécir l'espace pour en entendre l'écho. Pourquoi écrit-on ? Peut-être est-il possible de répondre par la négative : ne pas écrire met à vif toutes les failles, alors on écrit. Dans Le Mur invisible, un roman de Marlen Haushofer, une femme passe quelques jours de vacances dans un chalet, à la montagne. Au réveil, elle découvre qu'une catastrophe dont elle ignore la cause s'est produite pendant la nuit : un mur invisible est tombé, qui la sépare du reste d'un monde dans lequel rien n'a survécu. Le roman prend la forme d'un journal intime qui commence ainsi : « Je n'écris pas pour le seul plaisir d'écrire. M'obliger à écrire me semble le seul moyen de ne pas perdre la raison. Je suis seule ici et je n'ai personne qui puisse réfléchir à ma place ou prendre soin de moi. [...] J'ai entrepris cette tâche pour m'empêcher de fixer les yeux grands ouverts le crépuscule et d'avoir peur. » S'il s'annonce comme un récit de science-fiction, il n'y a pourtant rien, dans Le Mur invisible, que nous ne connaissions pas. Nous savons la solitude, nous savons nos tentatives d'y faire face. On construira des maisons, on donnera naissance à un jardin, à des enfants, on apprendra les mots nouveaux de langues étrangères, on gravira des montagnes, on surfera des vagues, on apprendra à danser ou à faire des gâteaux, on se mettra à nu, on se frottera à l'amour. Certains vont à la rencontre de leur vie, ils s'en saisissent, d'autres se tiennent légèrement de biais : ils l'écrivent. Quelle étrange façon d'être au monde que ce retrait à un poste d'observation. On assiste à la vie, suffisamment proche d'elle pour en saisir les nuances, mais en se tenant loin du vacarme comme des certitudes, pour qu'elles n'aveuglent pas la page blanche. On peut toujours tracer des plans et faire comme si on savait où on allait, mais l'écriture est un chemin sans destination, l'écriture a la beauté inquiétante de ce qui ne mène nulle part, et ce pendant des mois, parfois. C'est un geste apatride que celui d'écrire, une échappée sans ancrage, en terres inconnues. Mes romans me baladent, ils me mènent en bateau. Je crois avancer. Au bout de plusieurs semaines d'écriture, je ne sais plus rien sauf ceci : ma route est une impasse. Le récit m'échappe, il attend, ailleurs. Je ne parviens pas à éviter cet égarement. Consentir à me perdre est une étape de l'écriture. Consentir à perdre, aussi. À m'avouer vaincue, battue. Accepter d'abandonner toute tentative de domination sur l'écriture, tout ce que je tenais pour certain. Il faudra avancer dans l'obscurité, à tâtons, trébucher sur des mots qui regimbent, des paragraphes rétifs ; la langue n'est pas un objet inerte dont on se saisit et qu'on plie à sa volonté. C'est elle qui nous transforme, qu'on lise ou qu'on écrive. Lola LAFON, Quand tu écouteras cette chanson, 2022

Partie I

Étude de la langue

6 points

(1 point)

1. « Écrire est un engagement à ferrailler. On s'engage dans l'écriture comme dans une armée imaginaire, où l'on serait à la fois général et aspirant soldat. »
a. Comment expliquer l'emploi du présent de l'indicatif dans les lignes ci-dessus ?
b. Identifiez le mode et le temps de « on serait » et justifiez leur emploi.

(1 point)

2. Dans l'extrait suivant, identifiez les sujets des verbes en gras et précisez leur nature.
Écrire n'est pas tout à fait un choix : c'est un aveu d'impuissance. On écrit parce qu'on ne sait par quel autre biais attraper le réel. Vivre, sans l'écriture, me va mal, comme un habit trop lâche dans lequel je m'empêtre.

(1 point)

3. Dans l'extrait suivant, analysez deux emplois différents de la virgule.
« Le récit m'échappe, il attend, ailleurs. Je ne parviens pas à éviter cet égarement. Consentir à me perdre est une étape de l'écriture. Consentir à perdre, aussi. À m'avouer vaincue, battue. »

(1 point)

4. Dans l'extrait suivant, indiquez la fonction grammaticale de chaque groupe en gras. Proposez, pour chaque fonction, une manipulation qui vous permet de la justifier.
« Dans Le Mur invisible, un roman de Marlen Haushofer, une femme passe quelques jours de vacances dans un chalet, à la montagne. »

(1 point)

5. « Mes romans me baladent, ils me mènent en bateau. »
a. Réécrivez cette phrase en transformant l'une de ses propositions en proposition coordonnée.
b. Réécrivez cette phrase en transformant l'une de ses propositions en proposition subordonnée dont vous préciserez la fonction.

(1 point)

6. Expliquez pourquoi « ce pendant » n'est pas écrit en un seul mot dans l'extrait suivant.
« ...l'écriture a la beauté inquiétante de ce qui ne mène nulle part, et ce pendant des mois, parfois. »

Partie II

Lexique et compréhension lexicale

3 points

(1 point)

1. Expliquez en contexte le sens des mots « apatride » (ligne 35) et « baladent » (ligne 36).

Contexte : « C'est un geste apatride que celui d'écrire, une échappée sans ancrage, en terres inconnues. Mes romans me baladent, ils me mènent en bateau. »

(1 point)

2. Donnez trois mots de la même famille que « certitude ».

(1 point)

3. Relevez trois procédés lexicaux (comparaisons ou métaphores, champs lexicaux...) qui caractérisent le travail de l'écrivain. Vous justifierez votre choix.

Partie III

Réflexion et développement

11 points

« ... la langue n'est pas un objet inerte dont on se saisit et qu'on plie à sa volonté. C'est elle qui nous transforme, qu'on lise ou qu'on écrive. »

En vous appuyant sur le texte de Lola Lafon, de vos lectures et de vos réflexions personnelles, vous mettrez en lumière les différents pouvoirs de l'écriture.
Vous présenterez votre propos de façon structurée et argumentée.

Corrigé

Corrigé

I- Étude de la langue (6 points)

1 point

a. Le présent de l'indicatif employé ici (« est », « s'engage ») est un présent de vérité générale (ou présent gnomique). Il énonce une réflexion de l'autrice sur l'acte d'écrire, présentée comme une réalité intemporelle et universelle.
b. « on serait » est conjugué au conditionnel présent, un temps du mode indicatif (terminologie 2020). Il est employé ici avec une valeur d'hypothèse ou de fiction : il sert à décrire une situation imaginaire, irréelle, introduite par la comparaison « comme dans une armée imaginaire ».

Démarche et points de vigilance

Deux réflexes sont attendus. Pour la question a, ne vous contentez pas de nommer le temps : identifiez sa valeur en contexte. Des affirmations générales sur l'écriture, sans ancrage temporel précis, signalent un présent de vérité générale. Pour la question b, donnez systématiquement le mode et le temps (mode indicatif, conditionnel présent — la terminologie 2020 rattache le conditionnel aux temps de l'indicatif), puis justifiez la valeur : le contexte comparatif (« comme dans une armée imaginaire ») oriente vers l'hypothèse ou l'imaginaire, non vers un futur dans le passé.

Pièges fréquents :

  • confondre présent de vérité générale et présent d'énonciation ;
  • répondre « conditionnel » seul, sans mode ni temps précis, alors que le barème exige l'identification complète ;
  • affirmer une valeur sans la justifier par le contexte.

La question articule morphologie verbale (identifier la forme) et valeurs des temps et des modes (l'interpréter).

Suite du corrigé

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